Agriculture : la sécheresse met en péril les élevages de la région

Changement Climatique

http://www.sudouest.fr/2012/03/27/la-grande-soif-des-prairies-670494-757.php | 31/03/12 | Bordeaux

Retour en transhumance


En juin dernier, faute d'herbe, Julien Sarres, jeune éleveur au Pian-Médoc (33), avait dû se résoudre à transporter 300 brebis vers les hauts pâturages de Lescun (64). Il avait pu ainsi sauver son activité fromagère de vente directe à la ferme et en Amap. Il a pris la décision de repartir en juin prochain. « Ici, rien ne pousse », se désole-t-il. En attendant, il tient le coup avec les 120 tonnes de fourrage qu'il a dû acheter parfois au prix fort - « Jusqu'à 190 euros la tonne. » Julien Sarres ne cache pas une certaine amertume : « On nous bassine avec la solidarité, mais les prix ont doublé. J'ai parfois du mal à comprendre nos collègues céréaliers. Ils ne nous assassineront qu'une fois ! »
L'an dernier, il avait réussi à maintenir l'intégrité de son troupeau. Ce ne sera pas le cas cette année, en raison du surcoût engendré par l'achat de nourriture : « On ne pourra pas maintenir toutes les brebis à un bon niveau de production de lait. » Il en vendrait « de 80 à 100 » sur un total de 400. Depuis quelques mois, dans un souci d'économie, il a « fait sauter » son salaire. Mais il ne renonce pas : « L'élevage, le fromage, c'est mon choix de vie. »

Régime carottes

Dans le nord de la Dordogne, à Nantheuil, Jacques Bregeras voit « les niveaux d'eau au plus bas et le stock de fourrage quasiment à zéro ». Quand, vers la mi-avril, il mettra son troupeau de limousines au pré, elles ne trouveront guère de bonne herbe à brouter. S'il a résisté jusque-là, c'est parce qu'avec d'autres éleveurs du secteur, il s'était couvert en allant chercher 1 700 tonnes de paille dans la Beauce. « Cela nous avait coûté entre 20 000 et 25 000 euros par exploitation. Si on doit renouveler l'opération, ce sera financièrement très difficile », explique-t-il.
Néanmoins, ils ont effectué une réservation auprès des Beaucerons, sans certitude du résultat. « Comme, dans la Beauce, le blé et l'orge ont souffert du gel en février, on ne sait pas ce que ça pourra donner à l'arrivée », soupire l'éleveur. Il ne faudra pas compter non plus sur la paille espagnole, le nord de l'Espagne étant lui aussi en proie à une forte sécheresse.


En attendant, pour nourrir ses bêtes, Jacques Bregeras se satisfait de pouvoir disposer d'écarts de tris de carottes en provenance de la Haute Lande (nord des Landes, sud de la Gironde), une nourriture assez inhabituelle pour elles : « Ça permet d'économiser le fourrage. » L'éleveur, qui a déjà dû se séparer d'une quinzaine de vaches pour faire face, craint « un triste avenir pour la profession » si ces sécheresses venaient à perdurer. Il songe à « davantage diversifier » son exploitation.


Les lacs pas remplis


À Eymet, aux confins de la Dordogne et du Lot-et-Garonne, Cyril de Bortoli a mis au pré ses bêtes, qui y trouvent « peu d'herbe ». Il constate un déficit hydrique « supérieur à celui de l'an dernier ». Les retenues sur le Dropt, la rivière qui coule près de chez lui, sont loin d'être remplies, tout comme les lacs collinaires. Ceci laisse présager, dit-il, « une saison d'irrigation assez tendue ». Lui aussi a dû se séparer d'une vingtaine de bêtes. Et s'il se montre « toujours motivé » pour maintenir son outil de travail, il se déclare « moins serein » qu'avant : « Dans mon canton, l'élevage, ça fond à vue d'œil ! »


En bon climatologue qui s'appuie sur les tendances longues, Jean-François Berthoumieu considère d'abord ces sécheresses comme des événements météorologiques : « On a basculé vers le sec. L'océan est plus chaud et aspire l'air du continent. Dès lors, les dépressions se forment sur l'océan et elles y restent. » De son point de vue, rien n'interdit des hivers pluvieux à l'avenir, même dans un contexte de réchauffement climatique. Néanmoins, faut-il s'inquiéter ? « Oui, il vaut mieux », répond-il, considérant que la situation devrait pousser à agir. Or, constate-t-il, « on gère davantage que l'on ne prévient ».


Stocker l'eau qui passe

Pour lui, le stockage de l'eau serait une bonne réponse. Un exemple : « Actuellement, explique Jean-François Berthoumieu, le débit de la Garonne à Lamagistère est de 200 mètres cubes à la seconde. Lors de la fonte des neiges, pendant une douzaine de jours, il passera à 800 m3/s. On a une possibilité de récupérer une partie de cette eau qui passe en la faisant dériver. Mais on ne le fait pas ! » Il estime que capter seulement 2 % tout en respectant les équilibres écologiques générerait une ressource supplémentaire de 50 millions de mètres cubes. Il préconise aussi d'étudier « sérieusement » le fonctionnement des nappes pour savoir s'il n'y a pas non plus des possibilités de ce côté-là.

Source:http://www.sudouest.fr/2012/03/27/la-grande-soif-des-prairies-670494-757.php

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