Une agriculture rentable avec moins d’herbicides ? C’est possible !

Biodiversité

Par Quentin Mauguit, Futura-Sciences | 27/11/12 | France, novembre 2012

Les plantes adventices, plus communément appelées mauvaises herbes, ne sont pas appréciées dans l’agriculture. Elles peuvent entrer en compétition avec les végétaux cultivés (pour l’espace, l’accès à la lumière, etc.), favoriser l’arrivée de parasites ou déprécier les cultures (par exemple, en modifiant le goût de la production). Par conséquent, elles sont depuis longtemps éliminées au moyen d’herbicides.


Le recours à ces produits phytosanitaires fait l’objet d’une polémique croissante. Car les composés chimiques qu’ils contiennent, comme le glyphosate ou l’aminotriazole, participent activement à la pollution des eaux de surface et souterraines. Or, ils peuvent être bioaccumulés et peut-être avoir des effets sur la santé des organismes. Face aux tensions croissantes causées par l’utilisation des herbicides, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) a voulu savoir s’il était possible de réduire, voire de supprimer, leur utilisation en agriculture.


Quatre systèmes de culture en protection intégrée ont donc été lancés voici 12 ans, pour tester diverses pratiques agricoles alternatives ainsi que leurs effets combinés. Nicolas Munier-Jolain, un ingénieur de recherche de l’UMR Agroécologie (Dijon), revient pour Futura-Sciences sur le bilan de ces 10 dernières années. Réduire l’utilisation des herbicides serait « possible », mais « pas facile pour autant à mettre en œuvre dans les exploitations agricoles, car cela demande des changements profonds au sein des exploitations, mais aussi dans les filières agricoles et au-delà ».

Réduire l’utilisation des herbicides dans l’agriculture serait possible, mais demanderait plus de temps de travail par hectare. Cependant, il serait mieux réparti dans l’année qu’actuellement, notamment grâce à la diversification des cultures. La situation ne serait donc pas désavantageuse pour les exploitants.

« Nous avons de la chance car nous disposons d’un grand nombre de leviers d’ordre agronomique [NDLR : de moyens d’action] qui contribuent à gérer la flore adventice. Mais nous avons aussi une malchance car, utilisé seul, chacun d’entre eux est peu efficace par rapport à un herbicide. Nos questions ont donc été : la combinaison des leviers peut-elle devenir suffisamment efficace et permettre de maîtriser la flore adventice avec moins d’herbicides ? Peut-on aussi optimiser les interactions entre leviers ? » Les chercheurs ne se sont pas arrêtés là. Si la solution trouvée est bonne, encore faut-il qu’elle soit utilisable à grande échelle. « Nous nous sommes aussi posé des questions sur les conséquences d’ordre économique, organisationnel ou environnemental que nos démarches peuvent avoir. »


Le dispositif expérimental comporte plusieurs prototypes correspondant à diverses combinaisons de leviers de gestion. Le système « Protection intégrée typique (n° 4) » combine tous les leviers disponibles. Il a notamment fait l’objet d’une diversification des cultures, de labours et de faux-semis. Des herbicides chimiques ont été utilisés en dernier recours.


« Chaque adventice présente un cycle de vie assez marqué, avec des périodes de levées et de disséminations de semences bien précises. Si nous faisons de la monoculture, les espèces adaptées à la plante cultivée pourront se redévelopper, produire leurs semences et se multiplier tous les ans. » En revanche, elles vont être perturbées, ce qui affectera leur croissance, si les dates de travail du sol, de semis et de récolte varient chaque année. C’est exactement ce qui se produit avec la diversification des cultures. Les différentes variétés végétales cultivées d’une année à l’autre requièrent en effet des pratiques agricoles qui leur sont propres.

 
Le travail du sol pour gérer les adventices
« Le deuxième levier est le travail du sol qui se divise en deux composantes. Le labour est une technique culturale ayant pour fonction de retourner le sol. Ce faisant, il enfouit les graines de mauvaises herbes en profondeur. » Cette pratique remonte également d’anciennes semences, mais elles ont perdu en viabilité durant leur séjour sous terre. Il faudra donc moins d’herbicides pour traiter les graines qui germeront.


« Les faux-semis, c’est-à-dire un travail superficiel du champ qui contribue entre autres à casser les mottes ou à affiner la structure du sol, stimulent la germination des graines d’adventices. » Réalisée durant l’interculture, cette pratique permet donc de faire pousser les mauvaises herbes avant de semer, ce qui facilite leur destruction. Le fait de répéter régulièrement cette pratique permet d’épuiser progressivement le stock semencier.


Ces quelques exemples de leviers ne sont pas exhaustifs. Le système n°4 a également fait l’objet de désherbages mécaniques, d’une sélection précise des variétés cultivées et d’une densification des semis sur une surface donnée.
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 "Les moissons du futur"

Croisant les témoignages d'agriculteurs, d'agronomes, d'économistes, de responsables politiques et d'organisations internationales sur quatre continents (Afrique, Asie, Amérique du Nord et Europe), Marie-Monique Robin mène l'enquête. Avec Les moissons du futur, on découvre qu'un autre modèle agricole et commercial, innovant et productif, a déjà fait ses preuves en restituant aux paysans un rôle-clé dans l'avenir de l'humanité.

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Commentaires

"Les moisson du futur" est un documentaire A VOIR! Enfin des solutions, enfin un peu de positif et des résultats prometteurs dans la lutte contre l'érosion de la biodiversité! Les politiciens devraient bien s'en inspirer pour enfin arriver à créer une agriculture résponsable pour tous!

par m.garrigue | 27/11/12 12:38:11

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